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Portrait de Liu Qing, celle qui a fait plier Uber en Chine

Portrait de Liu Qing, celle qui a fait plier Uber en Chine

06.02.2017.

Liu Qing, à la tête de Didi Chuxing, leader du VTC en Chine, est la seule entrepreneure et la seule Chinoise présente dans le classement des 20 femmes les plus influentes de 2016 par le Financial Times. Retour sur sa success story.

Uber, en 2008, révolutionne le marché du VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) en ayant l’idée d’une application mobile grâce à laquelle on peut faire appel à un chauffeur privé en un clic. Cette startup américaine étend son concept à travers le monde avec succès, mais son expansion en Chine s’est heurtée à la volonté de Liu Qing, jeune présidente de Didi Chuxing. Mais quel est le parcours de celle qui a gagné ce bras de fer contre le géant américain ?

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Bercée par la haute technologie

Née en 1978, il y a 39 ans à Pékin, Liu Qing est la fille du magnat de l’informatique Liu Chuanzi, qui a fondé Lenovo, en 1984. Cette marque, aujourd’hui leader du secteur technologique en Chine a acquis une notoriété internationale en 2005 lors de son rachat de la division des ordinateurs personnels d’IBM.

Admirative depuis toujours de Bill Gates, Liu Qing suit en toute logique les traces de son père et étudie l’informatique à l’université de Pékin. Elle poursuit ensuite ses études à Harvard et fait de The road ahead, le livre de Bill Gates paru en 1996, son sujet d’étude lors de son passage de diplôme.

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De l’informatique aux investissements financiers

Suite à un stage de deux mois en 2001, Liu Qing change brusquement de voie et, contredisant son avenir tout tracé d’héritière de Lenovo, elle se dirige vers le domaine de l’investissement financier. Elle postule comme analyste junior chez Goldman Sachs et obtient le poste après avoir réussi avec succès une série de 18 entretiens dont l’une des épreuves a consisté à chanter My heart will go on de Céline Dion. Liu Qing décrit dans le journal Sina Finances le jour où elle a été acceptée par Goldman Sachs comme « le plus beau jour de sa vie ».

Elle travaillera pour le groupe banquier pendant 12 ans, passant rapidement d’analyste junior à l’un des plus jeunes directeurs de gestion de Goldman Sachs Asie. Véritable accro au travail, elle avouera avoir travaillé jusqu’à 140h par semaine à cette époque et confessera au China Daily qu’elle semblait avoir 42 ans lorsqu’elle n’en avait que 24.

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Un pari audacieux

En Septembre 2013, elle approche le groupe Didi Dache, jeune plate forme d’applications VTC mobile de la Beijing Xiaoju Keji Co., Ltd fondée en 2012, pour y investir des fonds au nom de Goldman Sachs. À sa grande surprise, ils refusent son offre, qu’elle réitère en Juin 2014, appuyée par une équipe de Goldman Sachs, sans plus de succès. Elle se demande alors quelle est cette entreprise qui peut se permettre de refuser des investisseurs et rencontre son fondateur, Wei Cheng. Séduite, Liu Qing lui propose d’intégrer sa startup, changeant de cap et quittant l’univers de la banque pour devenir quatre mois plus tard COO (Chief Operating Officer) chez Didi Dache. Anglophone, elle devient la voix de Didi Dache à l’international et fait bénéficier l’entreprise de ses nombreux réseaux. Au moment où Liu Qing arrive à Didi Dache, la guerre fait rage en chine entre les différents acteurs du marché du VTC. Didi Dache, soutenu par Tencent et son concurrent chinois direct, Kuaidi Dache, derrière lequel Alibaba se pose en soutien, luttent l’un contre l’autre, ayant depuis 2014 à faire avec le géant Uber, nouveau venu qui tient, lui aussi, à se faire une place en Chine. Grâce à la ténacité de Liu Qing, une fusion entre les deux concurrents chinois devient possible, pour lutter contre l’américain Uber. L’expertise des investissements financiers de Liu Qing permet de lever les 700 millions de dollars d’investissement nécessaires à la fusion en seulement 22 jours. En février 2015, Liu Qing, récompensée pour ses efforts, prend la tête de Didi Kuaidi. L’entreprise de transport monte alors un partenariat avec Lyft, le n°2 américain du secteur, concurrent direct d’Uber aux États-Unis.


L’étoile la plus brillante de la nuit

Septembre 2015, six mois après être devenue la présidente de Didi Kuaidi et quelques semaines après avoir été classée parmi les entrepreneurs de moins de 40 ans les plus influents au monde par le Fortune Magazine, Liu Qing fait une pause de deux mois ayant été diagnostiquée atteinte d’un cancer du sein. À ce propos, elle écrit dans un mail destiné à être lu en interne: « Je travaille pour Didi depuis 14 mois. Le cancer ne m’empêchera pas de continuer à travailler pour ce que je considère comme une grande compagnie. Je continuerai à soutenir Cheng Wei et tous les membres de l’entreprise. Je continuerai à briller, telle l’étoile la plus brillante dans la nuit, nous allons tous continuer à briller. » Elle revient rapidement fin décembre 2015, après avoir annoncé son retour sur le réseau social Weibo, faisant taire les rumeurs à son sujet. Cette mère de trois enfants avoue interrompre son travail à 21h pour coucher ses enfants, puis retourner travailler jusque tard dans la nuit.

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Le bras de fer contre Uber

De retour à la tête de Didi Kuaidi en janvier 2016, Liu Qing continue le combat pour imposer sa compagnie face à Uber. La bataille se joue à bien des niveaux. Les deux compagnies dépensent sans compter pour s’imposer sur le marché. La bataille médiatique fait rage également, et la douceur et la fermeté de Liu Qing sont un atout considérable sur ce terrain. Lors d’une interview du site Re-Code pendant une campagne médiatique de Didi Kuaidi aux États-Unis, Liu Qing avec sa voix douce, le sourire et dans un anglais impeccable, qualifie de « mignon » Uber Chine, qui fait de la publicité en montrant dès sa page d’accueil son concurrent direct Didi Kuaidi. Jason Calacanis, PDG de inside.com et l’un des premiers investisseurs de Uber, répond à ce commentaire en lui rétorquant qu’il existe des animaux aussi mignons que mortels tels que l’orque. Il a qualifié leur guerre de « guerre de chiens » qu’Uber ne renoncerait pas à gagner.

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Une approche différente

Liu Qing ne souhaite pas utiliser le terme de guerre, pour elle, il s’agit d’une stratégie à long terme, le mot guerre faisant référence à du court terme. Selon elle, ce qui fait la force de sa stratégie est sa connaissance du terrain. Face à une volonté d’uniformisation du service et d’expansion à l’identique du géant américain à l’international, elle impose son approche plus subtile, la même certainement qui a permis à la Chine de résister aux modèles américains Amazon, Twitter, Ebay ou Facebook. Liu Qing reproche à Uber son affaiblissement des acteurs locaux, là où Didi cherche à les mettre en avant, faisant appel depuis le début aux chauffeurs de taxi déjà implantés, sans chercher à les concurrencer par une main d’œuvre bon marché comme le fait Uber.

Les problématiques sont spécifiques, dans un pays comme la Chine, où seulement 35 voitures sont présentes pour 100 ménages. La population de Pékin à elle seule frôle les 22 millions d’habitants. L’urbanisation croissante de la Chine ainsi qu’une sensibilisation aux problèmes de pollution environnementaux ne permettent plus de penser comme un idéal la possession d’une voiture individuelle par ménage. Les Chinois, réalistes, préfèrent se tourner vers des solutions moins coûteuses et plus adaptées à leur mode de vie. Didi Kuaidi, à l’écoute d’un marché local qu’elle connaît parfaitement, a su proposer un panel de service diversifié, proposant non seulement la location de berlines de luxe, mais aussi le covoiturage ou des services de chauffeurs pour conduire la propre voiture de l’usager.

La course aux investisseurs a aussi marqué les deux ans et demi de lutte entre Uber et Didi Kuaidi. En mai 2016, Tim Cooks, PDG d’Apple, rencontre Liu Qing, lors ce qui a été qualifié par la presse de speed dating . Il annonce ensuite injecter 1 milliard d’euros dans Didi Kuaidi. Dans la foulée, Uber Chine, par le biais de Zhen Liu, vice président senior de Uber Chine aux commandes de sa stratégie, riposte par la révélation d’une injection de 3,5 milliards du Fonds d’investissement public de l’Arabie Saoudite. Pour l’anecdote, Zhen Liu n’est autre que la propre cousine de Liu Qing.

Le 1er Août 2016, Uber renonce, perdant 1 milliard par an dans sa lutte en Chine, et transfère ses activités chinoises à Didi, raflant en contrepartie 20% de ses parts. Didi Kuaidi devient Didi Chuxing et son application détient 90% des parts du marché chinois des chauffeur VTC. L’entreprise a été valorisée à 33 milliards de dollars en septembre 2016, ce qui la fait passer devant Pinterest, Snapchat ou Airbnb.

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Vers une conquête mondiale

Liu Qing, l’un des symboles de la nouvelle génération d’entrepreneures chinois, est désormais reconnue internationalement. Nommée parmi les 25 génies qui créent l’avenir des entreprises par Wired, sélectionnée par Fast Compagny comme l’un des entrepreneurs les plus créatifs dans les affaires, elle a également fait partie des personnalités chinoises porteurs de flambeaux lors des Jeux Olympiques du Brésil en 2016. Elle a, à cette occasion, déclaré vouloir faire du monde un meilleur endroit grâce à la technologie.

La situation de Liu Qing reflète-t-elle pour autant la réalité de la situation professionnelle des femmes en Chine ? Certainement pas. En 2014, seules 1,7% de femmes siégeaient en conseils d’administration et seules 3,2% de femmes étaient directrices d’entreprises en Chine. Néanmoins, il ne faut pas oublier non plus qu’en 2010, 11 des 20 femmes les plus fortunées du monde étaient chinoises. Les femmes entrepreneurs se multiplient surtout dans le secteur des nouvelles technologies, à l’instar de Zhou Qunfei, passée en 10 ans d’ouvrière à la chaîne à la reine des écrans pour mobiles, désormais femme la plus riche de Chine.

Un autre article sur Liu Qing.

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